non classé

Une analyse territoriale de l’Ukraine
A territorial analysis of Ukraine

Conclusion : l’Est dans un effet de ciseaux

Conclusion: a jaws effect in the East

La carte 14 propose une typologie en guise de synthèse :
– La ville de Kiev semble de loin le territoire gagnant de la dernière décennie : des revenus élevés, une rapide progression des salaires, un solde commercial très déficitaire (toujours si l’on se fie aux données régionalisées du commerce extérieur, qui ne peuvent jamais être parfaitement pertinentes) qui traduit une très forte consommation, une progression démographique saisissante dans le contexte national et obtenue grâce aux migrations domestiques depuis toutes les autres régions du pays – un schéma typique d’une consolidation nationale.
– Nos indicateurs suggèrent que l’Ouest de l’Ukraine a tiré parti de l’ère post-soviétique, au moins relativement : bien sûr il reste moins urbanisé et plus pauvre que la moyenne nationale, mais l’évolution démographique n’y est pas trop défavorable et les salaires progressent.
– La partie centrale du pays est proche de la moyenne nationale pour tous les indicateurs.
– Depuis la fin de l’ère soviétique et en particulier dans les années 2000, l’Est a grandement contribué à la constitution du nouvel État ukrainien : par une contribution fiscale, puisque ces régions demeurent plus riches que la moyenne nationale et sont contributrices nettes au budget de l’État ; par une contribution humaine, puisqu’elles envoient leurs jeunes dans la région capitale ; par une contribution financière externe puisqu’elles apparaissent comme les régions les plus exportatrices et commercialement bénéficiaires. Tout cela se produit dans le contexte difficile d’une croissance économique déprimée, de revenus en déclin relatif par rapport au reste du pays et d’une population rapidement vieillissante. Cette partie Est conserve d’importants liens économiques avec la Russie, particulièrement dans l’ingénierie et l’industrie qui dépendent du voisin oriental ; du reste le solde commercial avec la Russie est positif et d’importantes usines appartiennent à des entreprises russes. Une telle situation, combinée avec un ratio élevé de Russes ou de personnes se définissant comme tels (Carte 15), avec une proportion importante de familles russo-ukrainiennes et la très nette domination de l’emploi de la langue russe dans les échanges quotidiens, explique la réticence de nombreux citoyens lors de l’arrivée au pouvoir en février 2014 d’hommes politiques nationalistes de l’Ouest demandant une rupture avec la Russie. L’action conjointe des autorités de Russie a scellé l’approfondissement de la crise de construction de l’Ukraine moderne, au lieu d’en faire un territoire d’interface entre Europe et Russie.

Map 14 offers a synthetic typology: – The city of Kiev benefitted from developments in the post-Soviet period thanks to relatively high incomes, the rapid growth of wages and consumption manifested in the highly negative balance of foreign trade. It explains a significant increase in the capital population – a striking contrast compared to the rest of the country – thanks to migrations from all other regions, in other words a typical nation-building pattern. – The position of the West in the national economic space slightly improved but only in relative terms. It remains less urbanised and poorer than the country as the whole, although its demographic situation is still better, and the wages have been rising. – The central part of the country is close to national average by all indicators. – As for the East, since the end of Soviet times, it highly contributed to the modern national-building era: it remains the main source of export incomes for the country; it gathers the most important taxpayers since per capita incomes and salaries are significantly higher than national average (even if informal economy is lower than in the rest of the country where revenues are then somehow under-estimated); it sends its youth to the capital region and suffers from depopulation and has a negative net balance of migrations. All of this happens in a context of ageing population, sluggish economic growth and declining wages compared to the rest of the country. The East keeps strong economic relations with Russia, particularly in engineering and manufacturing sectors that depend on exports to Russia: Eastern regions have a positive trade balance with Russia, and many important factories belong to Russian companies. Such a situation, together with a high ratio of “ethnic” Russians (Map 15) and families with mixed Russian-Ukrainian background, and with the absolute domination of Russian language in everyday people to people communications, provoked the dissatisfaction of many citizens with the arrival to power in February 2014 of nationalist politicians from the West calling for a break with Russia. Joint action of Russian authorities sealed the deepening of the Ukrainian nation-building crisis, away from the interface between Europe and Russia the country could be.

Carte 14 – Une typologie régionale ukrainienne, vers 2012 Map 14 – Ukrainian regional typology ca 2012
Carte 15 – Le sentiment d’appartanance au monde russe au début des années 2000 Map 15 – Russian feeling of belonging, at the beginning of the 2000s
fr_FR