compte-rendu A&T

Transitions localisées et dynamiques territoriales

[frame src=”https://cist.cnrs.fr/wp-content/uploads/2014/03/logo-pacte.png” width=”80 px” lightbox=”off” title=”PACTE logo” align=”right” ]Ce compte rendu de la journée « transitions localisées et dynamiques territoriales » (27 septembre 2019) a été établi par Jean-Baptiste Grison.
Elle était coorganisée par Pierre-Antoine Landel, Kirsten Koop et Jean Baptiste Grison (PACTE/Université Grenoble Alpes)
Présent·e·s

Frédéric Barbe, Nicolas Duracka, Aurore Flipo, Jean-Baptiste Grison, Kirsten Koop, Pierre-Antoine Landel, Émilie Laurent, Patrice Melé, Angélique Palle, Véronique Peyrach-Gadeau, Lucas Spadaro, Corentin Thermes, Pascale Vincent

Ce séminaire de l’axe A&T du CIST a rassemblé une douzaine de participant·e·s. Dans les présentations et les échanges, la notion d’innovation sociale a été largement abordée et discutée. La journée a été ponctuée par quatre présentations, suivies d’un long temps débat ayant pour objectif de clarifier les notions, l’état et les enjeux de la recherche sur ces questions, et les perspectives de collaborations scientifiques.

Première partie – Présentations initiales

Pascale Vincent – Méthodes et outils exploratoires pour accompagner l’innovation sociale sur les territoires

Pascale Vincent a présenté des travaux du CIEDEL (Centre international d’études pour le développement local) qui, en partenariat avec Cap Rural, propose des démarches d’accompagnement des acteurs de l’innovation sociale en les aidant à comprendre et analyser leurs processus d’innovation.

Nicolas Duracka – Accompagner et évaluer les écosystèmes à impact social

Avec le CISCA (Centre de R&D et transfert en innovation sociale Clermont Auvergne), Nicolas Duracka met en place un processus visant à mieux connaître et comprendre le paysage et les enjeux de l’innovation sociale dans le contexte de la métropole clermontoise.

Pierre-Antoine Landel – Interroger la capacité transformative des innovations sociales. Analyse à partir de l’observation de territoires de montagne

L’objet de cette intervention était de faire état de plusieurs propositions conceptuelles sur la caractérisation des innovations sociales et de leur impact sur les territoires, dans un contexte rural et de montagne. Ces réflexions sont le résultat de plusieurs programmes de recherche financés ces dernières années par l’ANR et le LabEx Innovation des territoires de montagne (ITEM). Elles questionnent les différentes formes de relations des innovations sociales entre elles (mise en réseau), et avec le territoires (figures d’intermédiation). Elles posent également la question des formes de trajectoires des innovations, et des différents rôles des acteurs.

Jean-Baptiste Grison – Une plateforme d’échange sur les innovations sociales en montagne

Cette intervention visait à présenter une démarche, impulsée par le LabEx ITEM, de création d’une plateforme sur les innovations sociales à capacité transformative dans les territoires de montagne. Développée depuis deux ans avec un groupe de partenaires intervenant dans l’accompagnement des innovations sociales, elle ambitionne de favoriser le dialogue entre chercheurs, porteurs de projets et accompagnateurs des innovations sociales, mais aussi d’accéder à une meilleure connaissance de ce qui se fait et de développer des analyses conceptuelles.

Deuxième partie – Débat

Le débat s’est organisé, d’une part, à partir de témoignages et questionnement apportés par les chercheur·e·s présent·e·s puis, d’autre, part, par une longue discussion.

Interventions préalables au débat

Frédéric Barbe pose la question de la démarche du/de la chercheur·e dans les situations conflictuelles : bidonvilles, ZAD, projet controversé de stade de foot. Il y a un équilibre parfois difficile à faire reconnaître entre l’engagement individuel et le recul critique nécessaire à la production de résultats de recherche. Il propose un usage alternatif de la littérature produite par le/la chercheur·e, notamment à travers les « guides de détourisme ».

Aurore Flipo a découvert les problématiques de l’innovation sociale en étant recrutée pour établir une revue de littérature sur le sujet dans le cadre d’un programme ANR. Elle a ensuite travaillé plus spécifiquement sur les tiers-lieux, ce qui l’a conduite à s’intéresser en particulier à l’Usine Vivante de Crest, initiée par un petit groupe de personnes engagées dans la transition. Sociologue spécialisée dans la question des mobilités, elle s’intéresse aussi aux mobilités associées à ces tiers-lieux (notamment la place des néoruraux dans leur processus de création). Elle interroge enfin la posture du/de la chercheur·e-habitant·e, étant confrontée à une recherche sur un territoire qui est aussi, pour elle, un lieu de vie.

Angélique Palle s’intéresse plus particulièrement aux échelles de la transition, en particulier dans le domaine énergétique, ayant observé des visions divergentes, susceptibles de rentrer en conflit, entre des raisonnements à différentes échelles, du niveau européen au niveau local. À travers ces conflits de vision transparaît le problème de la définition de la notion de territoire et des territorialités. Elle travaille aussi sur les transitions par le bas, notamment avec Olivier Labussière.

Patrice Melé évoque quelques chantiers en cours au sein de Citeres (Tours), principalement en rapport avec la problématique des déchets, et des actions collectives et engagements citoyens dans ce domaine. On parle de transition, mais quelle est la vision du changement ? On observe qu’il y a eu un vrai retournement, relativement rapide, dans les objectifs de la politique nationale : la doctrine actuelle est celle des opposants des années 1990. Il y a la question du rapport entre les citoyens et les politiques publiques, et celle du rapport entre les acteurs publics à différentes échelles (notamment, comment les EPCI se saisissent des injonctions nationales ?).

Émilie Laurent, en thèse à l’UMR, aborde le cas spécifique de la tarification incitative et souligne que, dans le domaine des déchets, il y a concomitamment un poids important des normes et de l’action publique (normes de l’Union européenne), et un foisonnement d’initiatives locales et citoyennes. Le lien entre les deux est parfois difficile.

Discussion en trois temps

1/ Autour des définitions de la transition et de l’innovation sociale, du rôle et du statut de l’innovation sociale dans les processus de transition, ainsi que autour des interrelations entre transition, innovation et territoires

La discussion aborde le système territorial, les trajectoires et les processus d’innovation, la normalisation/institutionnalisation et l’aboutissement des innovations sociales. Il est aussi question d’ancrage territorial.

2/ Autour des méthodes d’investigation

La posture du/de la chercheur·e influence ce qu’il est possible de faire dans l’appréhension des transitions localisées.
– Vis-à-vis des financeurs : exemple d’un financeur de recherche contractualisée qui a refusé la prise en compte dans l’étude de sujets transitionnels qui semblaient pourtant essentiels
– Vis-à-vis de l’objet de recherche : la posture du/de la chercheur·e-militant·e et/ou -habitant·e se pose dans une grande part des projets évoqués.
Les recherches partagées par les participant·e·s au séminaire vont de pratiques très institutionnelles (réponses à des commanditaires, programmes de recherche contractualisés) à des approches totalement libres.

3/ Autour d’un projet de collaboration

Il apparaît difficile a priori de faire converger les méthodes et les problématiques de chacun·e : posture de chercheur·e (engagé·e ou non), mot-clé cible (innovation sociale ou transition). Les croisements sont néanmoins fructueux et une partie des participant·e·s sont susceptibles de répondre favorablement à une initiative qui pourrait être lancée au cours des mois à venir.

fr_FR