REMOC Compte-rendus

[:fr]Métropoles : crises et mutations dans l’espace euroméditerranéen[:]

[:fr]Compte-rendu du séminaire Régionalisations du 9 septembre 2016[:]

[:fr]L’axe Régionalisations dans le monde a organisé le 9 septembre 2016 une réunion de présentation et de coordination du programme « Métropoles : crises et mutations dans l’espace euro-méditerranéen », piloté par l’Ecole Française de Rome (EFR) sous la direction de Dominique Rivière et soutenu par la Casa de Velazquez (CdeV – axe 5, objet de la réunion) et qui fait l’objet également d’une collaboration avec l’Ecole Française d’Athènes.

Ce programme pluriannuel sur les métropoles démarrera au début de l’année 2017 dans les trois institutions, dont chacune a toutefois son calendrier spécifique (triennal 2017-18-19 pour la CdeV, quinquennal 2017-18-19-20 pour l’EFR). Le programme vise une mise en perspective euro-méditerranéenne en particulier des cas de l’Italie, de l’Espagne, de la France et de la Grèce, ce qui suppose à la fois une inscription dans un contexte national avec des axes de recherche et un calendrier d’événements scientifiques (l’axe 5, porté par la CdeV, étant plus spécifiquement ciblé sur l’Espagne avec un réseau en constitution, les axes 1 2 & 3 s’appuyant sur une collaboration franco-italienne déjà établie lors d’un programme précédent de l’EFR, etc.) et une logique de confrontation, d’échanges. A date régulière (notamment à l’automne 2017 et au printemps 2019), des événements plus larges permettent ainsi des bilans d’étape, des croisements et une mise en perspective de la recherche sur une base transnationale. Un réseau sud-européen de recherche sur les dynamiques métropolitaines urbaines issues des bouleversements économiques et politiques actuels (crise économique, transformation des cadres de la citoyenneté) est donc en phase de structuration, d’où l’implication du CIST pour soutenir la mise en réseau et la co-construction.

Le séminaire du 9 septembre vise à renforcer l’intégration des membres du réseau à travers quatre objectifs :
– la présentation des institutions en charge du programme, des chercheurs responsables, des cadres de travail, des objectifs scientifiques, des moyens disponibles sur les plans financier et temporel ;
– l’organisation des équipes en France, en Espagne, en Italie et les possibilités de croiser informations et données ;
– la coordination des événements (séminaires, journées d’études) prévues sur l’année 2017 ;
– la structuration plus spécifique de l’axe 5 portés par la CdeV et son insertion dans le programme.

Liste des personnes présentes

Dominique Rivière, Université Paris Diderot, responsable du programme
Nacima Baron, Université Paris Est, responsable de l’Axe 5
Laurent Coudroy, Université Paris Est, travaille sur l’urbanisme espagnol dans la longue durée, sur ses fondements théoriques
Barbara Loyer, Université Paris 8, travaille sur la géopolitique de l’Espagne
Marco Adelfio, Université Autonome de Madrid, travaille sur les dynamiques de diffusion résidentielle dans les métropoles
Maria Jésus Lago, Univ. CEI San Pablo, travaille sur le logement social, la marginalité à Madrid
Carlos Gotlieb, Ec. Arch. Bordeaux, travaille sur l’évolution de la notion de projet urbain à Madrid et Barcelone
Héloïse Nez, Université de Tours, travaille sur les processus participatifs et l’espace public
Mathieu Petithomme, Université de Besançon (excusé), travaille sur les transformations de la démocratie espagnole et les nouveaux partis politiques
Pascale Froment, Université Paris 8, travaille sur les dynamiques sociales, les effets de la crise et la marginalité en Italie et au Maroc
Hovig Ter Minassian, Université de Tours, travaille sur les processus de gentrification dans les centres-villes (Barcelone)
Mariona Tomas, Université de Barcelone travaille avec E. Negrier, travaille sur les stratégies métropolitaines dans une approche comparative
Dorian Bernadou, doctorant, travaille sur les mailles métropolitaines et régionales (Latium, Emilie-Romagne) en Italie

Nacima Baron ouvre la séance et présente les objectifs principaux de la journée : que les participants puissent faire connaissance, puissent également prendre conscience de l’architecture générale du programme et les calendriers et établir un premier débat autour des contenus de l’axe 5.

1. Présentation du programme par Dominique Rivière

Le programme « Métropoles : crises et mutation dans l’espace euro-méditerranéen » est un programme quinquennal, qui démarre le 01/01/2017 et s’achève le 31/12/2021, à l’initiative de l’Ecole Française de Rome, qui l’a adopté en mars 2016. Il vise une mise en perspective des transformations contemporaines opérées en particulier dans les métropoles d’Italie, d’Espagne, de Grèce et de France (et à plus longue échéance dans une vision Nord-Sud). Le sujet mûrit depuis l’automne 2015 voire avant et consiste à articuler l’analyse des effets de la crise européenne, des impacts de la crise immobilière et financière et des conséquences des politiques d’austérité dans une perspective trans-scalaire et trans-diciplinaire. L’un des défis épistémologiques consiste à explorer la notion de crise qui vient des économistes et historiens, et à envisager comment, dans les pays et dans les métropoles citées, les géographes projettent leurs concepts, méthodes et modes de lecture des transformations socio-spatiales. Les membres du programme sont en effet majoritairement des géographes, des aménageurs-urbanistes, avec aussi une présence de l’architecture, de la sociologie. Ce programme comparatif répond à l’injonction donnée par l’Etat aux Ecoles françaises à l’étranger de travailler en réseau.

Le fond scientifique du programme mérite quelques précisions. D’abord, l’objet d’étude, la métropole, doit être entendue à la fois en tant que réalité géographique et en tant qu’objet de l’action publique : des pouvoirs métropolitains émergent et agissent face aux enjeux de la crise, se confrontant à d’autres échelons institutionnels (régions, Etat). Il y a donc aujourd’hui, à travers les effets de la crise, une question métropolitaine posée au politique : ceci peut conduire à associer des personnalités dans des tables rondes conclusives des séminaires programmés. Ensuite, ce fonds scientifique est bâti en large part (en particulier pour les axes 1 2 & 3) sur les échanges et matériaux rassemblés lors du précédent programme (2012-2016), qui était centré sur les recompositions territoriales en Italie, il accueille aussi depuis juin 2016, à la demande de l’EFR, un projet porté par Coline Perrin (INRA) sur la Confrontation des normes et usages dans les espaces ouverts, et donc aussi depuis l’été 2016 l’axe 5 sur le cas espagnol, qui est l’objet de la présente réunion. Si cette architecture générale reflète donc à la fois un projet scientifique et les conditions concrètes de son portage (en particulier pour l’axe 5 le portage financier et institutionnel par la C de V comme la nécessité intrinsèque de constituer le réseau de recherche sur l’Espagne expliquent son autonomie) un point important est à signaler : les axes du programme ne doivent pas être conçus comme étanches mais au contraire comme ouverts au dialogue et à la mise en perspective.

2. Les apports scientifiques du programme précédent : Italie Recompositions territoriales de l’EFR (2012-16)

Ce précédent programme avait déjà pris soin de ne pas enfermer l’Italie mais d’interroger le laboratoire italien dans une perspective comparative qui a monté en puissance tout au long du programme. Précisément, le précédent programme contenait un axe de recherche sur les politiques et institutions – dont la question métropolitaine) et un axe sur les mutations socio-économique et culturelles, avec des focales sur les migrants ou les mobilités. Les publications produites, parmi lesquelles un numéro thématique de la revue MEFRIM de l’EFR, deux autres en cours dans la Méditerranée, permettent d’interroger par exemple la notion de ségrégation dans les villes méditerranéennes et ont été l’occasion de monter des collaborations sur lesquelles l’actuel programme fonctionne, en particulier avec la Grèce (Maloutas). Les collaborations scientifiques ont été menées avec Naples Federico 2, Orientale, remobilisant des collaborations de longue date, comme le réseau de recherche sur l’Italie méridionale construit autour du CERIM (autrefois avec l’équipe de Pasquale Coppola de l’Université l’Orientale), avec les collègues de l’Université Roma 3 (Marco Cremaschi à l’époque), avec Tor Vergata (Maria Prezioso), avec Carlo Salone, Sergio Conti de l’Université de Turin et avec Paolo Molinari de l’Université Catolica de Milan. Au total, 5 rencontres scientifiques ont été organisées et 4 publications réalisées. Le programme a été un véritable levier pour les doctorants, qui ont facilité les accueils réciproques dans les équipes.

3. Les ambitions scientifiques du programme Métropoles

Le nouvel enjeu du programme 2017-2021 est d’envisager l’Europe du sud comme un terrain d’analyse de la crise et, en même temps, comme un espace de production de la connaissance sur cette crise, son sens, sa portée. Il s’agit donc d’interroger cet espace comme « un arc de crises européen » en travaillant sur des relations horizontales entre les pays touchés par ce choc, et en construisant la recherche à partir des regards des chercheurs de ces pays, sans passer forcément par des prismes ou des normes anglo-saxonnes. Pour ce faire, la question des métropoles est centrale. Souvent abordées comme des hubs de la mondialisation, les métropoles euro-méditerranéennes sont aussi des lieux où s’inventent de nouvelles formes de pouvoir et de contre-pouvoir. En France, les médias effectuent des lectures sélectives qui brouillent les perceptions, par exemple, ils se focalisent sur mais n’abordent que très rarement la situation de Naples. L’enjeu du programme est donc aussi de sortir des effets de loupe, et d’utiliser la mise en perspective pour réfléchir à l’échelle de la Méditerranée, ce qui oblige évidemment à intégrer prochainement la rive sud-européenne : on le fait déjà à travers des chercheurs qui travaillent sur les deux rives : Pascale Froment, Camille Schmoll, qui ont déjà dirigé une des rencontres du programme précédent (dentro fuori), ou Rafaele Catedra de l’Université de Cagliari, qui a rejoint le réseau.

Sur le plan scientifique, la notion de crise doit être manipulée avec précaution, et ce terme générique vise surtout à cibler des processus d’ordre socio-économique et culturel ainsi que des représentations qui peuvent être portées « par le bas », de la part des habitants, pour faire évoluer les dispositifs de l’action publique (services sociaux, logements, espace public…) et transformer les cadres de la représentation et de l’action démocratique.

Le programme 2017-2021 est organisé autour de 5 axes :

1. Habiter et cohabiter dans les métropoles euro-méditerranéennes
2. Un pouvoir en recomposition : maille de la métropole et régime d’action publique
3. Quelle place pour les équipements et la culture dans le projet métropolitain ?
4. Confrontation des normes et usages dans les espaces ouverts
5. Politiques urbaines et actions publique dans les métropoles espagnoles : crise et mutation

4. Présentation détaillée des axes

L’Axe 1 se centre sur la question du logement et des espaces publics et interroge la fonction d’amortisseur que constitue traditionnellement le modèle familial « méditerranéen » face à la crise, en analysant l’économie de l’habitat au sens large, en observant les dynamiques à l’œuvre au sein des espaces publics, ou en explorant notamment les problématiques du logement des migrants dans la ville, les formes de rejets, d’accueil, de relégation.

L’Axe 2 interroge l’hypothèse d’une crise du politique au niveau local et d’un regain d’interventionnisme étatique sous l’effet de la crise, et opéré par l’injonction nationale à respecter des critères de contention budgétaire. Dans ce contexte, le pouvoir métropolitain hier travaillé par des stratégies d’affirmation, se trouve profondément reconfiguré. La métropolisation, la régionalisation, la place de l’Europe et la crise de l’action publique apparaissent particulièrement à l’échelle d’une maille métropolitaine dont on discute les contours et les compétences. La crise du politique et en particulier la thématique de la corruption peut également donner lieu à des perspectives comparatives avec d’autres pays comme l’Espagne.

L’Axe 3 travaille sur le rôle et la place des transports et de la culture dans les projets métropolitains. Pour ce faire, il identifie des « projets urbains » et observe comme ces derniers sont affectés par la crise, par l’informalité, par l’affaiblissement de l’intervention publique, par les logiques de financiarisation. [Par exemple, Hovig Ter Minassian a réalisé dans le dernier numéro des cahiers de COST les actes des 7es rencontres de géo sociale avec Fabio Amato, sur la fabrique de la ville en temps de crise.]

L’axe 4 offre un regard plus environnementaliste et se positionne dans les « espaces ouverts » (campagne, nature dans la ville, franges urbaines…) en élargissant la comparaison à la France, à l’Italie et au Liban (Institut Français du Proche Orient) afin de comprendre comment les normes sont appropriées ou non par les acteurs locaux et quelle circulation des modèles s’opère entre les métropoles à propos des espaces ouverts. Il est piloté par Coline Perrin de l’INRA.

Question : la collaboration avec la Grèce

L’Ecole Française d’Athènes porte depuis quelques années un projet d’observatoire urbain sur les effets des crises, sous la direction d’Iris Polizou. En plus, Tomas Maloutas d’Harokopoi Université travaille sur les mutations socio-spatiales des métropoles grecques, en mettant l’accent sur la ségrégation, les migrations dans la ville, l’entreprenariat ethnique, les mobilisations locales. La collaboration avec l’EFA est donc pour le moment surtout rattachée à l’axe 1, mais ça peut évoluer.

Question : que finance le programme ?

Chaque école a ses spécificités, il faut donc en tenir compte. L’Ecole Française d’Athènes finance plus facilement l’ensemble de ce qui a trait à la recherche (en l’occurrence sur les métropoles grecques) : terrain, missions, colloques. L’Ecole Française de Rome et la Casa de Velazquez financent uniquement les événements scientifiques, ceux de l’axe 5 étant pris en charge par cette dernière puisqu’elle porte cet axe. Les membres du programme qui travaillent sur les villes italiennes et espagnoles doivent donc trouver des financements complémentaires pour faire de la recherche de terrain ou d’archives en outre l’implication des laboratoires ou autres structures de recherche est nécessaire et même indispensable pour faire vivre le programme. En effet, l’organisation de toutes les rencontres repose, pour l’EFR, sur le principe du partenariat : par exemple, le Labex Dynamite aide les collègues et doctorants de Paris Diderot concernés par les axes 1, 2 et 3 au titre de l’aide à la constitution d’un réseau de recherche et de l’aide à la recherche de terrain ; parmi les laboratoires, Géographie-cités est un soutien essentiel du programme Métropoles, l’UMR a également soutenu le précédent programme de l’EFR (y ont aussi collaboré activement : Lab’Urba, Cahliste, Telemme…) et les partenaires étrangers peuvent aussi être sollicités, par exemple l’Association des géographes italiens a accueilli une rencontre, etc. On peut, à la marge, lors de missions de terrain, demander un tarif préférentiel d’hébergement dans les écoles françaises. Par ailleurs, le programme doit être utilisé comme un levier. D’ores et déjà, les doctorants associés au programme peuvent en faire état pour l’octroi de bourses de recherche sur des périodes courtes et pour l’hébergement. Un point critique pour l’axe 5 est que les changements politiques sont très récents et qu’il est difficile pour les chercheurs de se fonder sur des travaux de recherche déjà réalisés. Il faut utiliser le programme comme un levier.

5. Présentation de l’axe 5

Nacima Baron présente les conditions de construction de l’axe 5 plus spécifiquement construit sur le cas espagnol et sur sa mise en perspective avec les autres pays d’étude, et justifie d’abord le choix des trois villes (Valence, Barcelone, Madrid), puis explicite la manière dont l’analyse tentera de dépasser la problématique de l’inachèvement des grands programmes urbains pour aborder conjointement la mécanique institutionnelle qui se met en place, de manière distincte, dans les trois grandes villes. L’axe 5 veut poser la question des manières de faire et de piloter politiquement la métropole (à travers une analyse des modèles participatifs) et la question des programmes d’actions des métropoles, en particulier autour des dossiers du logement, de l’attractivité économique et touristique, de la mobilité.

Le groupe n’est pas du tout finalisé et il reste une série de chercheurs qui ont donné un accord de principe au printemps 2016 et dont le statut et le rôle dans l’axe 5 restent à préciser. Cela sera fait successivement en France et en Espagne par des rendez-vous individuels ou avec des équipes.

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