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Le projet Grandes métropoles

2. Harmonisation et comparaison interurbaine

L’étalement urbain autour de Chicago est-il plus marqué qu’à Mexico ? La faible proportion d’espaces vacants à Paris rend-elle compte d’une plus forte pression foncière qu’à Chicago ? Dans quelle métropole la densification du bâti s’est-elle le plus accélérée récemment ? Au-delà des enjeux environnementaux et sociaux, répondre à ces questions suppose d’avoir des données d’occupation et d’utilisation du sol comparables entre les métropoles et dans le temps, ce qui soulève la question de l’harmonisation des bases de données, à la fois spatiale et temporelle.

Deux approches d’harmonisation peuvent être distinguées. Une première démarche, « descendante » (top-down), consiste à décrire l’occupation du sol à partir de critères homogènes et de sources identiques, définis pour l’ensemble du globe ou pour une aire régionale donnée et principalement à partir des produits satellitaires (i.e. les bases du Global Land Cover Facility, Global Land 30 ou encore Corine Land Cover). Leur résolution spatiale (du kilomètre à quelques mètres) et leur répétitivité temporelle permettent d’avoir un premier aperçu des principales occupations du sol des métropoles étudiées et de leurs dynamiques. Cependant les nomenclatures présentent souvent une faible finesse thématique, ne distinguent que l’occupation et non l’utilisation du sol, et s’avèrent ainsi insuffisantes pour décrire les espaces urbains au-delà de la forme globale et de l’extension de la tache urbaine, en deux dimensions (Esch et al., 2013).

Pour améliorer la richesse thématique et descendre à un échelon d’observation local, une autre démarche, « ascendante » (bottom-up), consiste à établir des correspondances a posteriori entre des nomenclatures très détaillées, construites pour des territoires particuliers, à partir d’une résolution adaptée à l’échelon cadastral : en l’occurrence, le MOS (mode d’occupation des sols) de l’IAU ÎdF pour la métropole parisienne (81 postes, au plus fin) et les données ouvertes du CMAP Chicago Metropolitan Agency for Planning pour Chicago (60 postes ; qui ne recouvrent pas l’ensemble du Chicagoland). Ces données ont une précision géométrique dans les deux cas de 1/5 000 et sont disponibles à plusieurs dates, ce qui permet d’analyser l’évolution temporelle des occupations et utilisations des sols. Malheureusement aucune donnée de ce type n’était disponible pour Mexico.

Les deux nomenclatures, loin d’être identiques terme à terme, témoignent de logiques culturelles, foncières et administratives propres aux deux métropoles. Par exemple, les espaces ouverts sont ainsi décrits dans la base du CMAP en termes de loisirs ou de conservation, alors que la logique du MOS semble reposer plus sur une description des formations végétales que sur les usages. Des particularités locales se remarquent également, comme la classe « jardins familiaux » du MOS qui ne semble pas avoir d’équivalent dans la typologie CMAP.

En acceptant une certaine agrégation thématique des données des bases métropolitaines initiales (sur un nombre de postes réduit) et donc une certaine perte d’information, nous proposons une typologie harmonisée de l’occupation et de l’utilisation pour les deux métropoles (Fig. 2), en 11 classes, avec une résolution spatiale et thématique plus fine que les bases mondiales précédemment citées. Il est alors possible, par exemple, de comparer la proportion et la répartition spatiale de l’habitat individuel, qui est dominant dans la métropole de Chicago et occupe 2,7 fois plus d’espace qu’en Île-de-France.

Figure 2. Une démarche « ascendante » pour comparer l’utilisation et l’occupation du sol à Chicago et à Paris
Une démarche « ascendante » pour comparer l’utilisation et l’occupation du sol à Chicago et à Paris

Ce travail d’alignement peut aussi permettre des analyses temporelles si un suivi longitudinal des bases est effectué, comme c’est le cas pour le MOS entre 1982 et 2012, ou si des tables de passage sont mises à disposition, comme pour la base du CMAP entre 2005 et 2013. On peut aussi décider de conserver les postes initiaux, pour effectuer des zooms sur certains types où la correspondance directe est possible (par exemple les terrains vacants, si on s’intéresse à leur évolution, en lien avec une forte pression foncière).


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