Non classé

[:fr]Géomédia 1 – Une cartographie géomédiatique de la crise tunisienne[:]

[:fr]

5. Unité et diversité des situations démographiques des pays d’Afrique du Nord en 2010

Les pays d’Afrique du Nord offrent une grande diversité de situations démographiques en 2010 et on ne peut introduire le rôle des « jeunes » comme variable explicative des transformations politiques actuelles sans examiner leur situation relative par rapport aux autres générations, plus récentes ou plus anciennes.

Pyramides des âges
Pyramides des âges

Si l’on part de la Tunisie, point de départ des mouvements de révoltes, on se trouve effectivement en présence d’une situation exceptionnelle de maximum démographique centré sur la classe d’âge des 20-24 ans, c’est-à-dire des générations nées entre 1986 et 1990. Aucune génération plus nombreuse n’existe avant ou n’existera après, sauf hypothétique reprise d’une fécondité désormais inférieure à celle d’un pays comme la France. Le cas de l’Algérie est proche au sens où le maximum démographique se situe également sur la classe d’âge des 20-24 ans. Mais il est moins marqué et surtout on observe une nette reprise de la fécondité après la fin de la guerre civile de sorte que des générations plus nombreuses sont sans doute encore à venir. Le Maroc offre quant à lui une situation beaucoup moins nette de prédominance des 20-24 ans, ces derniers étant globalement aussi nombreux que ceux des générations précédentes et suivantes. Si l’effectif des générations est stabilisé depuis les années 1970 sous le double effet de l’émigration et de la baisse de la fécondité, il ne connaît pas encore une réduction marquée comme en Tunisie. Au Machrek, la Libye et l’Égypte offrent un visage tout autre avec des pyramides à base très large qui sont le signe d’une fécondité encore très forte et donc de sociétés moins avancées dans le processus de transition démographique et de contrôle des naissances.

Au total, il existe un net clivage entre les trois pays du Maghreb d’une part et les deux pays du Machrek d’autre part. Les premiers ont connu avec quelques décalages une réduction précoce de leur fécondité, signe d’une modernisation de la vie sociale et surtout d’un accès plus général des femmes à l’éducation et la contraception.
Les seconds sont beaucoup moins avancés dans le processus, ce qui ne peut manquer d’avoir un impact sur le fonctionnement général de la vie en société et sur le rôle des jeunes générations.

Claude Grasland (RIATE) et Ronan Ysebaert (RIATE)[:]

fr_FR