SANTE compte-rendu

Expositions environnementales et santé : évaluations, attentes et incertitudes

Application à la présence des pesticides dans l’environnement et à la pollution de l’air urbain

Le séminaire du 17 octobre 2014, organisé et animé par des membres du CIST (Christina Aschan-Leygonie, Sophie Baudet-Michel, Gérard Beltrando, Virginie Chasles, Séverine Deguen, Sandra Perez, Cindy Padilla…), de la plateforme EnvitéRA et des universités Lyon 2 et 3, a fait intervenir un grand nombre d’acteurs institutionnels : Air Rhône Alpes, Centre Léon Bérard, INVS, ARS Rhône Alpes, EHESP, MEDDE, METRO, DREAL Rhône Alpes, INERIS, ORS Rhône Alpes…

Une centaine de personnes est venue participer et assister aux présentations et débats. La journée était organisée en deux sessions (matin/après-midi), construites sur la base d’une présentation de travaux suivi d’un débat. En voici une sytnhèse du co-responsable de l’axe, Emmanuel Elliot.

Session 1 – Pesticides et santé
Comment évaluer la présence des pesticides dans l’environnement ? Comment estimer l’exposition des populations ?

Les travaux présentés ont insisté sur :

  • l’ampleur des quantités et la multiplicité des substances étudiées
  • le problème de la variabilité des substances dans le temps (exposition cumulée, par exemple), dans l’espace et selon les échelles
  • la nécessité de précautions méthodologiques et pour interpréter les résultats.
Débat – Développer de nouvelles études et renforcer la législation

Le rôle de l’action publique est d’agir pour réduire les expositions, qu’elles soient avérées ou probables. Dans la mesure où l’exposition met en jeu un grand nombre d’acteurs (fabricants, agriculteurs, collectivités…), il y a un besoin important de nouvelles études, en particulier concernant les mesures de la dispersion des pesticides au-delà des zones de résidence ou de proximité des champs agricoles. Ces études nécessitent le développement de nouvelles méthodologies, une meilleure connaissance des polluants et une réflexion approfondie à différentes échelles. Les travaux actuels permettent en effet d’expliquer seulement environ 20 % des expositions à l’ensemble des pesticides. Les 80 % restant peuvent venir de relargage issus d’anciens dépôts, de rejets résiduels de produits interdits, de rejets provenant d’une exposition extérieure, d’épandage hors de la zone d’étude…

Du point de vue de la législation, la France est en retard par rapport à d’autres pays d’Europe : pas de réglementations fixant la teneur en pesticides ni de registres précis des pesticides dans l’agriculture. Des travaux se mettent cependant en place : travail sur cohortes, identification des 15-20 polluants les plus dangereux, méthodologies pluridisciplinaires articulant matrice environnementales et biologiques…

Session 2 – Pollution de l’air urbain et santé
Évaluer la présence des polluants dans une atmosphère en mouvement, tenir compte des vulnérabilités sociales pour mettre en avant un lien complexe entre santé et environnement

Les travaux présentés ont insisté sur l’importance de spatialiser les phénomènes de pollution, à des grandes et petites échelles, et en fonction des contextes (habitat, proximité des axes routiers…).

Débat – Le difficile passage de l’étude à l’action

Si la compréhension des relations entre santé et pollution de l’air a fait l’objet d’un volume important de travaux et d’actions dans le cadre de réseaux de surveillance, le passage vers l’action politique reste difficile ou incomplet. Il manque des outils d’aide à la décision, des études d’impact, d’évaluations économiques sur les dommages mais aussi d’outils permettant de convaincre élus et populations sur les effets positifs de changement des comportements pour la santé…

Ceci implique un courage politique, une transformation de la culture de la norme (alors que la pollution de fond est le danger) et de moyens financiers pour accompagner le changement. La mise en place d’actions en faveur de la santé se heurte en effet souvent à des difficultés du point de vue politique (conflits entre acteurs, manque de volonté dans des contextes d’élections, laisser-faire considérant que la baisse en matière de pollution a été amorcée et qu’elle se poursuivra, absence d’accords entre projets politiques environnementaux et sanitaires…). Au niveau des citoyens, il est aussi nécessaire de replacer l’habitant au cœur du travail et de faire prendre conscience des effets positifs des changements de comportements sur la santé.


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