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Date

24 novembre 2017 // 13:00 – 16:00






Le séminaire se tient 2 rue Valette (5e)

Intervenant

Jean-Louis Rastoin (Montpellier SupAgro, Moisa – chaire Unesco Alimentations du monde)

Les prospectivistes avancent l’hypothèse rassurante d’une éradication de la faim dans le monde à l’horizon 2050.Ce qui pose problème c’est la qualité et la diversité des aliments, leur répartition et la façon de les produire. La FAO estime, pour la période 2009-2011,la disponibilité alimentaire moyenne à un peu plus de 2800 kcal/jour/personne, ce qui est supérieur de 30 %aux besoins définis par les nutritionnistes. Or, la population mondiale devrait progresser de 38 % entre 2010 et 2050. Le différentiel (8 %) pourrait être compensé, soit par une augmentation des surfaces cultivées, soit par celle des rendements, soit par une combinaison des deux. Il est donc recommandé de privilégier un objectif d’alimentation durable, ce qui supposed’assurer une sécurité alimentaire à 10 milliards d’hommes.

Le scénario « tendanciel » de la prospective alimentaire est celui d’une expansion d’un modèleagroindustriel intensif, spécialisé, concentré, globalisé et financiarisé conduisant à une alimentation artificialisée, standardisée et individualisée. Ce modèle a permis au cours du XXe siècle d’absorber le choc démographique, de réduire significativement le prix des aliments et d’apporter une sureté alimentaire. Il se heurte au XXIe siècle à de redoutables défis : emploi, santé publique, changement climatique,pollutions et raréfaction des ressources naturelles.Le point le plus problématique du scénario tendanciel est de considérer que l’on peut généraliser à l’ensemble de la planète un taux de population active agricole mondiale à moins de 5 % de l’emploi total, comme c’est le cas aujourd’hui dans les pays à haut revenu.Le second point critique est celui de la qualité nutritionnelle des aliments. Aujourd’hui, 2 milliards d’individus souffrent dedéficits alimentaireset 2 milliards d’excès caloriques ou lipidiques. Troisième point de controverse : l’illusion d’une « optimisation » économique, sociale et territoriale par le marché. On observe au contraire un creusement des inégalités entre les pays et au sein des pays.

Le scénario alternatif est fondé sur un objectif d’alimentation responsable et durable mettant en œuvre qualité et diversité des produits et des acteurs, et proximités dans la production et la consommation alimentaires. Selon le principe de la souveraineté alimentaire, les territoires ont vocation à augmenter leur auto-approvisionnement. Dans ce scénario, l’agriculture retrouve ses spécificités nourricières, sociales et environnementales avec des exploitations agricoles familiales connectées à des TPE et PME agroalimentaires. Elle remplit ainsi son rôle dans le développement des espaces ruraux. Les itinéraires technologiques sont ceux de la bioéconomie circulaire : agroécologie, écoconception artisanale et industrielle, réseaux numériques.

La prospective conclut à un scénario hybride. En 2050, l’objectif de développement durable sera commun aux modèles coexistants, car il s’imposera du fait de la pression des consommateurs-citoyens. Le système agroindustriel s’adaptera à la marge et s’orientera vers l’approvisionnement des mégalopoles (1/3 de la population mondiale). Le système alternatif territorialisé, sous réserve de politiques favorables en termes d’éducation, d’emploi, de fiscalitéet de labellisation, se développera dans les villes moyennes et les espaces rurbains et ruraux (2/3 des habitants de la planète). Les systèmes alimentaires pourraient ainsi assurer une sécurité alimentaire durable à 10 milliards d’hommes.

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