AAS CIST2023 – Apprendre des territoires / Enseigner les territoires


Apprendre des territoires / Enseigner les territoires
Aprender de los territorios / Enseñar los territorios (es)
Learning from Territories / Teaching Territories (en)
Lernen von den Territorien / Lehren die Territorien (de)
Aprender com os territórios / Territórios que ensinam (pt)
تَعَلُّم المجال / تَعْلِيمْ المجال (ar)

Le 6e colloque du CIST, coorganisé par Claude Grasland et France Guérin-Pace, se tiendra sur le campus Condorcet (Paris-Aubervilliers) du 15 au 17 novembre 2023

En allemand (lehren / lernen) comme en arabe (تعليم / تعلم) une seule lettre suffit pour passer du concept d’enseignement au concept d’apprentissage. Que le territoire soit défini comme un objet théorique de connaissance scientifique que l’on peut enseigner ou comme un corpus de pratiques que l’on peut transmettre, se pose de manière incontournable la question du rapport entre l’universalité apparente du concept de territoire et la diversité des emplois de la notion et des pratiques qui lui sont associées. La double question posée par le 6e colloque du CIST est à la fois de savoir comment enseigner les territoires (savoirs académiques, méthodes empiriques, approches disciplinaires, etc.) et comment apprendre des territoires (observer, découvrir, décrire, expérimenter, etc.). Le croisement de ces deux questions ouvre plusieurs débats, à la fois théoriques et pratiques, dont le moindre n’est pas de savoir si le territoire est avant tout objet ou sujet de connaissance.

Les propositions de sessions porteront aux choix sur les enjeux généraux du colloque ou sur les enjeux spécifiques suggérés par les axes de recherche du CIST.

Enjeux généraux

Un lexique à construire

La traduction des « mots » des sciences territoriales, d’une langue à une autre ou d’une discipline à une autre, constitue une épreuve de vérité pour juger tant de l’universalité des concepts que de la relativité des notions et finalement de la diversité des usages et pratiques. Le 6e colloque international du CIST pourra être l’occasion de relancer l’ambitieux projet de création d’un lexique à la fois multilingue et interdisciplinaire des sciences territoriales. Ce projet de lexique conduira à se poser la question des « savoirs territorialisés » face aux transitions locales ou globales, et plus généralement aux savoirs mobilisés dans les apprentissages territoriaux, qu’ils soient académiques ou pratiques. Des sessions spéciales consacrées aux échanges de pratiques pédagogiques seront particulièrement bienvenues.

Des territoires apprenants

L’hypothèse que les territoires peuvent être, sous certaines conditions, considérés comme des sujets collectifs à même de définir des stratégies de compétitivité ou de coopération a été postulée depuis longtemps [1]. Des learning regions [2] aux best practices [3], s’est constitué un vaste corpus d’expériences qui relèvent tantôt de pratiques technocratiques, tantôt de débats scientifiques. Lieu d’échange et de dialogue entre praticiens et théoriciens, le 6e colloque du CIST constituera une opportunité de revenir sur ces débats, toujours d’actualité.

Transitions, crises et ruptures

Dans un contexte de montée de l’individualisme, le territoire constitue-t-il une nouvelle pensée collective des dynamiques liant temps et espace ; passé, présent et futur ; local et global ? Comment les sciences territoriales produisent-elles une critique du retour du nationalisme ou des formes de repli sur soi à travers la promotion d’hypothétiques origines ? Les enjeux territoriaux des crises multiples (écologie, santé, économie, etc.) qui frappent les sociétés conduisent inévitablement à s’interroger sur l’apport à ce débat des sciences territoriales qui défendent la circulation des modèles tout en gardant une posture critique vis-à-vis des enjeux de domination symbolique et politique dont ils sont porteurs. Les sciences territoriales soulèvent aussi la question de la « capacité transitionnelle » des territoires ainsi que leur place dans le passage d’innovations de niches (locales) à des transformations structurelles. À l’heure de l’Anthropocène, les risques ne peuvent plus être pensés ou gouvernés de la même façon qu’au siècle dernier [4].

Territoires numériques

Face à la montée en puissance des univers numériques virtuels et des algorithmes d’optimisation de la circulation des informations et des connaissances, se pose finalement la question de l’enracinement des savoirs territoriaux dans des contextes, des lieux ou des situations donnés. Le rôle des grandes firmes technologiques dans la reconfiguration des territoires et de leur perception ne saurait être écarté, aussi bien dans sa dimension cartographique (Google Maps / OSM) que dans sa tentative de reconfiguration de l’univers social (Facebook / Meta).

Enjeux spécifiques

A&T (Actions & territorialisations)

Le colloque renvoie à des enjeux de connaissance des dynamiques territoriales et d’organisation des dispositifs de capitalisation des expérimentations, à la conception de dispositifs de régulation et de réflexivité permettant l’action. Des sessions pourraient porter sur :

  • les effets des débats locaux sur des choix publics territoriaux dans le cadre de dispositifs de participations, de conflits ou controverses ou de prospectives ;
  • la question de l’innovation territoriale et des processus de transition localisée.

INFTER (Information territoriale locale)

Quelles difficultés d’apprentissage soulève la diversification des sources de données locales, qu’elles soient générées par la révolution numérique, par la résolution de plus en plus fine des capteurs techniques, par le mouvement d’ouverture des données, etc. ? Des sessions pourraient porter sur :

  • les rapports entre informations territorialisées et capacité d’apprentissage des acteurs ;
  • l’essor des sciences participatives et des citoyenne·s capteurs.

MEDIA (Médias et territoires)

Les représentations médiatiques et culturelles des territoires sont à la fois le résultat d’un processus d’apprentissage et des facteurs de construction ou de reconstruction des espaces physiques et imaginaires. Parmi de nombreux sujets possibles, des sessions pourraient porter sur :

  • les démarches de patrimonialisation et de mise en valeur symbolique des lieux ;
  • le rôle des médias classiques ou sociaux dans la construction des imaginaires territoriaux.

MIT (Mobilités, identités et territoires)

Les différents acteurs territoriaux en charge de la mobilité développent aujourd’hui des dispositifs et des offres qui visent à changer ou faire changer les pratiques de mobilité des individus. Dans ce contexte, on peut notamment questionner de façon critique :

  • la dimension de l’apprentissage et des modes « pédagogiques » utilisés dans ces types d’opérations ;
  • les inégalités territoriales en termes d’accès à l’apprentissage dans le contexte d’une offre de formation numérique de plus en plus importante.

PAST (Temps longs des territoires)

Comment enseigner ou comprendre les dynamiques socio-environnementales qui sont enregistrées par les territoires sur le temps long ? Et quelle place donner à chacune des différentes variables dans la construction de ces territoires ? Des sessions pourraient porter sur :

  • la réponse des paysages et des sociétés dans des contextes particuliers (phases de transition, de crises ou de ruptures) ;
  • les limites et enjeux des méthodes utilisées pour appréhender ces territoires et leur construction sur le temps long selon les échelles spatio-temporelles considérées.

REMOC (Régionalisations, mondialisations, circulations)

Les interactions entre flux, réseaux et circulations au niveau mondial sont appréhendées à travers les concepts de régionalisation et de mondialisation qui sont des constructions à la fois scolaires, scientifiques et idéologiques. Des sessions pourraient porter sur :

  • la variabilité des imaginaires géographiques présidant au découpage du Monde ;
  • une approche par le bas et par les acteurs des représentations de la mondialisation.

SANTE (Territoires et santé)

Avant même l’universelle leçon d’épidémiologie dispensée à la population mondiale par la crise de la Covid-19, la question des inégalités territoriales de santé et d’accès aux soins a fait l’objet d’une prise de conscience croissante dans l’opinion publique. Des sessions pourraient porter sur :

  • les processus territoriaux d’apprentissage ou de résistance aux règles sanitaires imposés par les pouvoirs publics ;
  • les systèmes sanitaires et médico-sociaux de collecte et de restitution de l’information sur les questions de santé à différentes échelles territoriales.

Mobiliser l’expérience du CIST

Les questions ainsi posées conduisent à (rė)interroger les douze années de travail du Collège international des sciences territoriales et les jalons posés par ses cinq colloques internationaux.

  • En tant que mémoire des sociétés, les territoires enregistrent les histoires individuelles et collectives qui les ont traversés. Cette accumulation constitue un réservoir de modèles ou d’expériences qui peuvent circuler, s’hybrider ou se métisser au cours du temps. Les organisations spatiales qui en résultent possèdent une forte inertie parfois en décalage avec les besoins du temps présent. Passé, présent et futur des territoires sont indissociables (5e colloque du CIST, Population, temps, territoires, Paris-Aubervilliers, 2020).
  • À la fois objets et sujets de représentation, les territoires articulent des dimensions matérielles et idéelles qui varient selon la position des acteurs qui les produisent et/ou les observent. Des perceptions des territoires parfois inconciliables en matière d’usage peuvent déboucher sur des conflits (scientifiques, politiques et juridiques) et conduire désormais à des actions en justice intentées au nom de territoires (4e colloque du CIST, Représenter les territoires, Rouen, 2018).
  • Le dialogue entre théorie et pratique des territoires apparaît souvent difficile, soulevant par là même la question des modalités d’enseignement et d’apprentissage des sciences territoriales. Instaurer un dialogue entre enseignant·es, chercheur·es et praticien·nes du territoire est une mission essentielle du CIST (3e colloque du CIST, En quête de territoire(s) ?, Grenoble, 2016).
  • La diversité des disciplines intéressées par la question des territoires complexifie l’élaboration des sciences des territoires en objet scientifique comme en objet d’enseignement. À cette difficulté s’ajoutent celles liées à la traduction, incontournable dans un cadre international, qui révèle des différences conceptuelles souvent insolubles (2e colloque du CIST, Fronts et frontières des sciences du territoire, Paris Rive Gauche, 2014).
  • Finalement, l’alternative entre science(s) ou méta science(s) des territoires, posée lors du premier colloque du CIST (Fonder les sciences du territoire, Paris, 2011), demeure plus que jamais d’actualité. Poser la question de l’enseignement d’une (ou plusieurs) science(s) du(es) territoire(s), c’est s’interroger à nouveau sur l’alternative entre fonder une science, une méta science ou plus modestement partager et confronter une collection de savoirs ou savoir-faire.

Calendrier prévisionnel

Modalités de réponse

Les langues du colloque sont le français, l’anglais et l’espagnol.
Chercheur·es, enseignant·es-chercheur·es et doctorant·es peuvent proposer une session.

Les propositions devront comprendre :

  • un titre, éventuellement un sous-titre,
  • une présentation de problématique (entre 180 et 250 mots),
  • une bibliographie indicative sur le sujet de la session (5 à 10 références).

Ces trois premiers points devront être rédigés en français et dans l’une des deux autres langues du colloque (anglais ou espagnol). Ils serviront à rédiger l’appel à communications pour les sessions sélectionnées.

Les points suivants pourront être rédigés dans l’une des trois langues :

  • les pistes de valorisation potentiellement envisagées (publications, partenariats, élargissement de réseaux),
  • les individus, équipes ou laboratoires visés (dans ou hors CIST),
  • un bref CV des co-animateur·es de sessions (1/2 page).

Modalités d’évaluation des propositions

Les sessions proposées seront évaluées par le conseil scientifique du colloque qui comprend les membres du conseil scientifique du CIST élargi à des personnalités extérieures. Les propositions de sessions seront évaluées selon les critères suivants :

  • la cohérence avec la thématique générale du colloque (enjeux généraux ou enjeux spécifiques),
  • l’ouverture à la pluridisciplinarité.

Seront par ailleurs valorisées :

  • les sessions co-animées par des porteur·es appartenant à différentes équipes ou institutions,
  • l’ouverture de la session à des contributions internationales.
[1] Camagni R., 2002, « On the Concept of Territorial Competitiveness: Sound or Misleading? », Urban Studies, 39(13), p. 2395-2412 ; Jambes J.-P., 2001, Territoires apprenants. Esquisses pour le développement local du XXIe siècle.
[2] Asheim B.T., 1996, « Industrial Districts as « Learning Regions » : A Condition for Prosperity », European planning studies, 4(4), p. 379-400.
[3] Stead D., 2012, « Best Practices and Policy Transfer in Spatial Planning », Planning Practice and Research, 27(1), p. 103-116.
[4] Cutter S.L., 2021, « The Changing Nature of Hazard and Disaster Risk in the Anthropocene », Annals of the American Association of Geographers, 111(3), p. 819-827.

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Informations complètes sur le site dédié au colloque

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