REMOC compte-rendu

Crise des régions, fièvres régionalistes, panne dans l’intégration régionale

Organisé par Nacima Baron-Yelles, le séminaire qui s’est tenu à Paris le 26 novembre 2015 visait à faire le point sur les ébranlements économiques, financiers et politiques intervenus dans l’Europe méditerranéenne ces dernières années et leurs conséquences sur les identités, les pouvoirs et la coopération régionale – à l’échelle espagnole, européenne et euro-méditerranéenne.

Intervenants

Yann Richard, professeur, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, co-responsable du WP « Intégrations régionales » du Labex DynamiTe – Point sur le dictionnaire des intégrations régionales
Nacima Baron-Yellès, professeur, Université Paris-Est Marne-la-Vallée – La crise économique et régionale en Espagne
Josefina Cruz, professeur, Université de Séville, ancienne ministre du gouvernement autonome andalou – Les grands enjeux territoriaux en Espagne
Mathieu Petithomme, maître de conférences, Université de Franche-Comté – Comment expliquer la montée du radicalisme catalan ?
Vianney Martin, docteur en études ibériques – Vers une Espagne fédérale ?
Henry de Laguerie, journaliste à Barcelone – Les revendications catalanes et les perceptions de la presse francophone
Laurent Coudroy de Lille, maître de conférences, Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne – Synthèse des débats

Principaux enseignements du séminaire

Certaines des analyses des intervenants ont indiqué un refus, en Espagne, d’autonomies régionales plus larges, montrant :
– la résistance du pouvoir central face à la montée de l’« égoïsme territorial » et à la remise en cause des projets collectifs à l’échelle nationale
– le souci de Madrid de ne pas aller trop loin dans la limitation de la péréquation financière publique entre régions

D’autres sont au contraire allées vont dans le sens d’autonomies régionales accrues, mettant l’accent sur :
– la volonté catalane de sanctionner la mauvaise gestion d’autres régions ou du pays (crise économique, corruption…)
– le besoin de réduction des dépenses publiques par la décentralisation des dépenses
– le rôle croissant des acteurs, au profit de projets de développement des économies régionales, en insistant sur le rôle historiquement actif de la bourgeoisie en Catalogne, et sur la dimension culturelle croissante du développement territorial (rôle clé de la confiance, mêmes préférences collectives, innovation et rôle de l’interaction art-science…)

D’autres enfin sont allées dans un sens difficile à interpréter, comme le mythe de l’Europe des régions, du fait du nanisme du budget de l’UE et qui fragilise plutôt l’idée d’une indépendance catalane.

De nombreuses questions restent donc ouvertes, notamment celle de la géographie internationale de l’économie catalane : la Catalogne dépend-elle toujours autant des échanges avec les autres régions espagnoles, ou bien est-elle de plus en plus internationalisée et notamment européanisée ? Ou celle de la politique étrangère et de défense espagnole : les autonomistes sont-ils en faveur d’une Europe de la défense ?

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