PAST – Temps longs des territoires

Forts de paléoenvironnementalistes et de géoarchéologues aux compétences multiples (géomorphologie, sédimentologie, micromorphologie, géochimie, malacologie, palynologie, phytolithologie…), les trois laboratoires porteurs de ce projet de nouvel axe apparaissent en pointe au niveau nationale pour fédérer les équipes travaillant sur les relations entre les sociétés anciennes et leur environnement. Il s’agit d’approfondir nos connaissances sur les interrelations sociétés-environnement (construction des paysages, utilisations des ressources, risques) en accordant un intérêt particulier à l’exploitation des ressources environnementales et aux modalités d’évolution des pratiques et des modes de gestion des sociétés du début de l’agriculture jusqu’à aujourd’hui.


Ce nouvel axe interdisciplinaire propose une réflexion sur les temporalités, concernant à la fois :

  1. les questions d’échelles emboîtées
  2. l’étude de la synchronie et de la diachronie, en particulier les possibilités de comparer les chronologies des sociétés (archéologie, histoire) et celles issues des proxys naturalistes (chronologie relative, chronologie fondée sur les divers chronomètres radiométriques, etc.)
  3. sur les ruptures chronologiques qui voient les bifurcations des anthropo-systèmes étudiés.

Outre les méthodes et outils empruntés aux géosciences, comme aux archéosciences, ce projet s’appuie sur les outils numériques permettant non seulement de représenter les résultats mais également de discuter les données produites, en s’appuyant, par exemple dans le sous-axe 1, sur la simulation spatiale de la diffusion des archéomatériaux.

Portant sur une grande diversité de biomes (depuis les milieux froids jusqu’à la zone équatoriale, en passant par les espaces méditerranéens et tropicaux), cet axe comprend deux sous-axes.

1- exploitations des ressources et mobilités

Ce premier sous axe s’intéresse aux « archéomatériaux » qui sont les matières premières précocement utilisées par les populations anciennes pour la fabrication d’objets quotidiens ou de prestige, ou encore pour la construction. Ces matériaux témoignent de l’exploitation des ressources environnementales par ces populations. En outre, dans de nombreux cas, ces matériaux et/ou les objets qui en sont issus ont été transportés et employés à des distances variables des sources où ils sont naturellement présents (matériaux « exotiques »). Cette diffusion spatiale témoigne à la fois de la mobilité des matières premières et des objets, mais aussi des populations et des techniques. A toutes les époques, le choix préférentiel de certaines sources traduit l’importance relative d’une multitude de facteurs comme la qualité et le coût des matériaux, la distance de transport, les relations sociales et politiques ou encore les projets technologiques. Dans ce contexte ces mobilités témoignent d’une structuration continue et renouvelée des territoires. Ce premier sous axe comporte donc deux objectifs. L’un, davantage thématique, vise utiliser la diffusion spatiale des matériaux pour reconstituer les mobilités anciennes, en étroite collaborations avec les collègues archéologues, ethnologues et historiens. Le second, davantage méthodologique, vise à proposer, en collaboration avec les collègues informaticiens, des modèles de diffusion rendant compte de ces mobilités et de la structuration précoce des territoires.


2- anthropisation, gestion des milieux et dynamiques paysagères

L’exploitation des ressources environnementale conduit à l’anthropisation progressive des milieux, jusqu’à des modifications parfois irréversibles (cf. Anthropocène). Les recherches menées dans ce sous-axe seront centrées autour de deux objectifs majeurs. Le premier est méthodologique et propose la constitution de nouveaux référentiels paléoenvironnementaux afin de calibrer une signature des pratiques anthropiques à partir de l’étude des archives pédosédimentaires et biologiques. Combinant des approches complémentaires, les référentiels seront constitués en étroite collaboration avec nos collègues archéologues, ethnologues et historiens. À l’aval du premier, le deuxième objectif est d’analyser le rôle respectif des facteurs climatiques et anthropiques dans la trajectoire des paysages, afin de comparer la réponse de différents contextes biophysiques et socio-culturels en particulier lors de périodes charnières d’origine anthropique (néolithisation, intensification agricole, déprise…) ou climatique. L’objectif final est ainsi de discuter de l’impact sur les paysages des transformations des modes de gestion passées et actuelles et d’alimenter la discussion autour des modalités de la gestion contemporaine, en particulier dans le cadre de la patrimonialisation (biodiversité, paysages classés…).

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