logo


Date limite

1 juin 2019






Les articles sélectionnés paraîtront dans le n° 39 (2019) de la revue L’Espace politique

Coordinateur.rice.s du numéro

Patrice Melé (CITERES, Tours University, CNRS)
Catherine Neveu (IIAC, CNRS EHESS)

L’objectif de ce numéro de L’Espace politique est d’analyser la place qu’occupe la question des rapports à l’espace des individus et des groupes au sein des travaux sur les mobilisations locales, sur les conflits de proximité, sur les modalités d’engagement territorialisées.
A un premier niveau d’analyse, il est possible d’identifier la prégnance des références à « l’identité » de groupes qui seraient caractérisés par une certaine forme de localisation ou d’appropriation de lieux, d’espaces ou de territoires. Les notions d’appartenance, d’enracinement, d’ancrage, d’attachement cherchent à rendre compte des qualités de la relation des individus ou des groupes à des lieux et à des espaces. La recherche urbaine est ainsi marquée par les références aux rôles du « quartier » (Authier, Bacqué, Guérin-Pace, 2007) et par des débats sur le poids des « communautés locales ». Ces modalités de relations à l’espace sont considérées comme des supports de mobilisation (Sébastien, 2016) comme des ressources à la disposition des acteur.es – cf. la notion de capital d’autochtonie (Retière, 2003) – , comme des éléments explicatifs du déclenchement de conflits contre des projets affectant les usages ou les modalités d’appropriation d’un espace ou alors, dans d’autres cas, comme des refuges.
Certes les critiques portées sur le vocabulaire de l’enracinement, de l’identité ou de l’ancrage sont nombreuses (Debarbieux, 2014), certaines évoquent la notion plus processuelle d’identification à des groupes ou des espaces. Les recherches qui se focalisent sur les effets des conflits mettent en évidence ce qui est produit ou modifié dans le cadre des mobilisations et identifient de nouvelles formes de territorialisation (Melé, 2013). D’autres conceptions conduisent à penser les mobilisations et les engagements comme des réseaux multi-niveaux (Neveu, 2013) et les sous-espaces locaux comme des milieux, comme des contextes,
permettant d’amplifier, de relayer, de relocaliser une cause (Chateauraynaud, 2011). D’autres encore problématisent la diversité des configurations entre formes d’attachement et formes d’engagement (Sencébé, 2004). Mais tout semble se passer comme si une grande partie des études sur des formes locales de mobilisation ou d’engagement tendait à présupposer ou à identifier l’existence de groupes localisés ou territorialisés constitués en acteur collectif ou à considérer les conflits locaux comme des traductions protestataires des attachements aux lieux (Dechezelles, Olive, 2016).
Paradoxalement, alors que les nombreuses études de cas montrent que c’est souvent face à une menace que des groupes se constituent sur une base locale pour protéger leur espace de vie et mettent en place des stratégies d’appropriation et de valorisation, peu de travaux remettent en cause la croyance à l’existence d’un lien de causalité entre territorialisation des expériences spatiales et mobilisations. Malgré de nombreuses enquêtes sur les pratiques urbaines qui concluent à la construction d’une expérience urbaine en réseau ou qui s’intéressent aux dimensions spatiales des mobilisations (Ripoll et Tissot, 2010), peu de chercheur.e.s effectuent un lien entre ce type de pratiques et les formes d’engagement – en particulier pour les milieux populaires – à l’exception notable de recherches traitant de l’expérience des migrant.e.s dans les métropoles (Boudreau, Boucher, Liguori, 2009) ou de l’analyse de modalités d’engagement transnationales (Lardeux, 2018).
Dans ce contexte, l’objectif de ce numéro est de réunir des travaux questionnant de différentes manières les notions d’ancrage, d’attachement, d’autochtonie et/ou proposant des modalités alternatives de saisir les rapports entre expériences de l’espace et formes d’engagement et de mobilisation.
Les travaux proposés pourront traiter de différentes formes d’engagement liées aux questions sociales, urbaines, environnementales ou patrimoniales. En première analyse nous avons identifié quatre axes de discussion entre les articles qui seront réunis dans le numéro :
– Comment penser les relations entre dynamiques socio-spatiales – mutations des modes d’habiter et des mobilités – et transformations des modalités d’engagement ?
– Comment saisir à la fois les effets des mobilisations sur les rapports à l’espace et le temps long des constructions territoriales ?
– Comment penser la place de l’espace dans le cadre de mobilisations multi-échelles, de mobilisations ancrées à la fois internationalement et localement ?
– Comment saisir les rapports entre, d’une part, les stratégies de « montée en généralité » de certains groupes locaux mobilisés, d’autre part, les tentatives de « montée en particularité » de militant.e.s qui tentent d’ancrer une cause dans un espace et, enfin, les nouvelles formes de construction de « communs » territorialisés ?

Instructions aux auteur.e.s

Les articles proposés (entre 40 000 et 60 000 signes) sont attendus pour 1 juin 2019.

Pour la bonne organisation de la procédure d’évaluation, merci d’informer le plus rapidement possible les responsables du dossier de votre intention de réponse à cet appel (transmettre un titre provisoire et un petit résumé).
Merci de respecter les instructions de la revue et d’anonymiser complètement votre article (références à des travaux antérieurs, figures, cartes, etc.).

Bibliographie

AUTHIER, J.-Y., BACQUÉ, M.-H., GUÉRIN-PACE, F., 2007, Le quartier, Paris, La Découverte.
BOUDREAU, J., BOUCHER, N., LIGUORI, M., 2009, « Taking the bus daily and demonstrating on Sunday: Reflections on the formation of political subjectivity in an urban world », City, vol. 13, n° 2-3, p. 336-346.
CHATEAURAYNAUD, F., 2011, Argumenter dans un champ de forces, essai de balistique sociologique, Petra.
DEBARBIEUX, B., 2014, « Enracinement – Ancrage – Amarrage : raviver les métaphores », L’Espace géographique, vol. 43, n° 1, p. 68-80.
DECHEZELLES, S., OLIVE, M., 2016, « Introduction. Lieux familiers, lieux disputés – dynamiques des mobilisations localisées », Norois, vol. 238-239, n° 1-2, p. 7-21.
LARDEUX, L., 2018, « Engagement transnational des descendants d’immigrés : carrières militantes et “rapport aux origines” », Cultures & Conflits, vol. 109, n° 1, p. 61-82.
MELÉ, P. (Éd.), 2013, Conflits de proximité et dynamiques urbaines, Rennes, France, PUR.
NEVEU, C. , 2013, « Sites of citizenship, politics of scale », in W. Maas (dir.), Multilevel Citizenship, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, p. 203-212.
RETIÈRE, J.-N., 2003, « Autour de l’autochtonie. Réflexions sur la notion de capital social populaire », Politix, vol. 63, n° 3, p. 121-143.
RIPOLL, F. et TISSOT, S., 2010, « La dimension spatiale des ressources sociales », Regards sociologiques, n° 40, p. 5-7.
SÉBASTIEN, L., 2016, « L’attachement au lieu, vecteur de mobilisation collective ? Étude de cinq territoires ruraux », Norois, vol. 238-239, n° 1-2, p. 23-41.
SENCEBE, Y., 2004, « Etre ici, être d’ici. Formes d’appartenance dans le Diois », Ethnologie française, vol. 34, n° 1, pp. 23-29.

En savoir plus