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Date

23 November 2011 // 14:00 – 18:00






Cette journée d’études se tiendra à l’École nationale supérieure de chimie, 11 rue Pierre et Marie Curie, Paris 5e

En accès libre, elle est organisée par France Guérin Pace (Ined) et Jean-Yves Moisseron (IRD) dans le cadre du colloque international du CIST « Fonder les sciences du territoire ».

Poser la question « révolte ou révolution ? », que le mot arabe thaourah ne distingue pas vraiment, est une façon  d’interroger le sens qu’il faut attribuer aux mutations actuelles dans le monde arabe. La nature des transformations politiques et économiques à l’œuvre est importante en premier lieu pour ces pays ; mais elle l’est aussi pour leur environnement géographique. En d’autres termes, faut-il comprendre la transition à l’œuvre au Sud comme celle qui a naguère rapproché l’Europe de l’Est de l’Europe occidentale et conduirait ainsi à rapprocher les pays arabes de l’Europe, ou faut-il au contraire envisager ces transformations comme des révoltes qui pourraient ne pas engager de véritable transition ? Conduiront-elles à une véritable intégration euro-méditerranéenne en rapprochant ces pays de l’Europe ou, plus vraisemblablement, seront-elles différenciées selon les pays arabes conduisant ainsi à une situation composite.

La question de la « transition » doit être interrogée d’un point de vue politique, démographique, économique et territorial. Parler de « transition » plutôt que de « mutations » ou de « transformations » suppose des champs d’interprétation radicalement différents. La transition tendrait à attribuer un sens aux changements observés c’est à dire un point de vue téléologique, et une certaine rupture irréversible avec des effets de bifurcation. Cette conception et la science particulière qui l’accompagne, la transitologie, sont critiquées par ceux qui perçoivent ces changements sans leur attribuer a priori une direction historique mais en les considérant plutôt comme une résultante  de cheminements du passé et d’une diversité de trajectoires.

Cette opposition, qui part de positions épistémologiques souvent inconciliables, ne traverse pas les disciplines des sciences sociales de la même manière. C’est probablement dans les sciences politiques que le débat autour de la transition des régimes politiques est le plus présent : démocratie versus état autoritaire, à travers une riche littérature se structurant sur l’adhésion ou la critique de la « transitologie ».

En démographie, le terme de transition semble relever du fait d’évidence. Si ce mot ne fait pas débat, car doté d’un sens très précis, il n’en va pas de même lorsqu’il s’agit de déterminer le poids des différents facteurs démographiques dans l’explication des mutations sociétales : la baisse de fécondité, l’éducation des femmes, ou encore le taux de célibat, sont-ils déterminants pour déclencher une rupture politique ?

En économie, le terme de transition renvoie d’abord à l’histoire récente de l’effondrement des pays de l’Est. La transition évoque le passage de l’économie centralement planifiée à l’économie de marché. Pourtant les économistes, notamment hétérodoxes, mettent en évidence les continuités, les trajectoires institutionnelles complexes et diverses qui conduisent à des transitions plutôt qu’à une transition.

Dans le domaine médiatique, l’hypothèse d’une mutation radicale en raison des nouveaux moyens de communication et d’information semble être aussi une évidence, incarnée dans la multiplication des sources d’information. Les réseaux sociaux ont été déterminants dans la prise de conscience et dans les formes de mobilisation. Mais est-on en présence d’un fait radicalement nouveau ? Si l’irréversibilité d’Internet ne fait pas débat, cela signifie-t-il une nouvelle période historique dont le monde arabe expérimenterait l’ouverture ? Peut-on parler de transition informationnelle ?

Enfin les révolutions en cours conduisent à s’intéresser au rôle des territoires en général et à celui des régions en particulier dans les transformations passées et à venir des pays arabes. La question du découpage territorial est en effet primordiale dans la structuration et les rapports de pouvoir à différentes échelles en lien avec les autres formes d’organisation sociétales ou tribales. Par ailleurs, comme on a pu le constater dans les évènements récents, les régions agissent comme “révélateurs”  des tensions économiques, sociales et éventuellement politiques d’un pays et sont impliquées dans le processus  de  transition des  systèmes politiques et organisations territoriales.

L’objectif de cette journée d’études est de confronter la problématique des transformations/transitions au regard de disciplines différentes et d’ouvrir une discussion sur le sens que l’on peut leur attribuer dans différents contextes du monde arabe.


  • Programme de la journée d'études

    14h  Ouverture – France GUÉRIN-PACE (INED, CIST) et Jean-Yves MOISSERON (IRD, CIST)

    14h10  La transition énergétique en Méditerranée – Stéphane POUFFARY, Président d’ENERGIES 2050

    14h30  Le concept de transition à la lumière du changement systémique en Europe centrale et orientale – Eric MAGNIN (UPD, LADYSS)

    14h50  Démographie et émergence des femmes au Maghreb – Kamel KATEB (Ined)

    15h10  La transition spatiale et les territoires de la révolte : l’exemple de la Syrie – Fabrice BALANCHE (Université Lyon 2)

    15h30  La transition démocratique au défi des inégalités régionales – Ali BENNASR (Université de Sfax/Tunisie, LR Syfacte)

    16h10  Mouvements sociaux en ligne et socialisation démocratique à l’ère des TIC en Tunisie – Sihem NAJJAR (Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, Tunis)

    16h30  Internet et cyberactivistes tunisiens : nouveaux rôles au sein d’un espace public tunisien en recomposition – Romain LECOMTE (Université de Liège)

    16h50  Blogueurs et journalistes, une guerre de l’information ? – Leyla DAKHLI

    17h10-18h  Synthèse et discussion


Contacts

  • France Guérin-Pace
  • Jean-Yves Moisseron

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