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Date

16 September 2011 // 10:00 – 13:00

Lieu

Nouvel amphi., Institut de géographie
191 rue Saint-Jacques 75005 Paris France






Intervenants


  • Pauline Cotelle, géographe
    Insécurité urbaine et stratégies sécuritaires au cœur des dynamiques territoriales de la catastrophe et de la reconstruction à la Nouvelle-Orléans après le cyclone Katrina

    Titulaire d’un master en gestion des catastrophes et des risques naturels (GCRN) à Montpellier et doctorante allocataire en géographie, travaille sur les questions d’insécurité urbaine dans le contexte post-catastrophe à la Nouvelle-Orléans.

    Les villes étasuniennes concentrent de nombreux problèmes inhérents à leur fonctionnement. La criminalité, et l’insécurité qui lui est liée, constitue une des préoccupations majeures pour les différents acteurs de la ville. L’insécurité urbaine est souvent citée comme une atteinte majeure à la qualité de vie. Elle constitue un facteur central dans les choix de localisation des habitants. L’image de la ville comme lieu du crime et de l’insécurité est fortement ancrée dans la culture étasunienne. Ces représentations collectives sont constamment alimentées par la mise en scène cinématographique et télévisuelle de la criminalité urbaine. Face à ce risque inhérent au fonctionnement urbain, les villes sont également exposées à de nombreux aléas naturels ou anthropiques. Les séismes, cyclones, inondations, ou encore le terrorisme sont autant d’événements probables qui, par l’ampleur des dégâts matériels, fonctionnels et humains qu’ils peuvent engendrer et des conséquences à long terme qu’ils peuvent avoir sur le fonctionnement et l’image de la ville, notamment de la métropole, constituent des risques majeurs.

    À partir d’une analyse en retour sur la catastrophe Katrina à la Nouvelle-Orléans en août 2005 et sur ses conséquences territoriales, ce travail cherche à établir les liens existants entre un événement d’une telle ampleur et l’insécurité liée à la criminalité à l’échelle de la ville et de ses territoires. La Nouvelle-Orléans est une ville largement représentée comme violente et en proie à une forte criminalité comme en témoigne tristement son label de capitale nationale du meurtre1 détenu depuis plusieurs années2. Nous nous questionnons donc sur l’impact de Katrina sur les dynamiques spatiales et temporelles de l’insécurité urbaine. Dans le même temps, nous nous demandons quels peuvent être les effets de l’insécurité urbaine sur les dynamiques de la catastrophe à court et à long terme en insistant sur les impacts territoriaux/conséquences territoriales des réponses sécuritaires.

    Ce travail met en avant la dimension spatiale de l’insécurité entendue comme risque urbain produit par le territoire mais également producteur de territoire dans la mesure où celui-ci conduit les individus à répondre, par divers moyens, à ce risque objectif mais également fortement subjectif. Les notions d’espace géographique et de territoire sont au coeur de notre réflexion puisqu’ils constituent notre clé de compréhension de l’insécurité dans le contexte de la catastrophe et de ses implications territoriales à long terme. Le recul suffisant par rapport à l’événement rend possible une analyse sur la durée permettant d’adopter un regard critique en prenant du recul par rapport aux discours « à chaud » et donc, dans une certaine mesure, de saisir la réalité des processus et des faits. Notre approche « par le terrain » vise ainsi à limiter autant que faire se peut les filtres entre l’objet d’étude et l’observateur. Le cas d’étude nous permettra de mettre en exergue les décalages nombreux qui existent entre, d’une part, les faits et processus réels et d’autre part les discours et représentations qui les accompagnent.

    Les réponses à l’insécurité seront également abordées afin de voir d’une part comment ces dernières s’adaptent au contexte incertain de la catastrophe et de la reconstruction et d’autre part comment ces actions conditionnent la gestion de la catastrophe et de la récupération post-crise. Nous verrons que les stratégies sécuritaires des différents acteurs de la ville tendent à accentuer les phénomènes de fragmentation urbaine et de ségrégation socio-spatiale en faisant de la sécurité un bien rare qui se négocie. Les représentations étant porteuses d’action, nous verrons que les stratégies sécuritaires sont parfois en décalage avec les faits que nous analysons dans leur dimension géographique. Dans notre travail nous considérons la catastrophe comme un révélateur de dysfonctionnements urbains, un accélérateur de tendances et dynamiques urbaines déjà à l’oeuvre mais également comme une opportunité pour repenser la ville et développer ou redynamiser certains espaces. Nous n’occultons cependant pas les effets négatifs que peut avoir la catastrophe sur certains espaces et sur certains groupes d’individus, notamment les minorités, qui ne disposant pas d’un capital de reconstruction3 suffisant pour assumer leur récupération, sont conduit à reproduire les conditions de vulnérabilités ayant conduit à la catastrophe. Cette dernière peut donc constituer à la fois une opportunité de développement, un aggravateur d’inégalités, un accélérateur de processus nouveaux ou déjà en germe avant l’événement, en somme un révélateur des vulnérabilités urbaines.


  • Nicolas Larchet, sociologue
    Réforme sociale et raison populaire. L’alimentation des classes populaires urbaines et la découverte des « déserts alimentaires » à la Nouvelle-Orléans après Katrina

    Diplômé de l’IEP de Strasbourg en 2006 après une année de mobilité à l’étranger à la Louisiana State University, titulaire d’un master 2 Territoires, Espaces, Sociétés à l’EHESS, prépare depuis 2007 une thèse de sociologie à l’EHESS sous la direction de Christian Topalov et de Dominique Memmi. Lauréat d’une bourse de recherche de la Fondation Nestlé en 2009.

    Depuis une vingtaine d’années, un mouvement de réforme de l’alimentation populaire s’organise dans les villes nord-américaines, à la croisée de divers diagnostics et objectifs de transformation sociale : aux motifs d’ordre sanitaire se joignent des objectifs économiques, environnementaux ou encore civiques. A la Nouvelle-Orléans, ce mouvement s’est rapidement institutionnalisé au lendemain de la catastrophe de Katrina, soutenu par des institutions publiques comme les Centers for Control Disease and Prevention, l’Etat de Louisiane et la municipalité, mais aussi par des fondations privées, mettant en relation des acteurs d’horizons variés : chercheurs et praticiens de santé publique, militants associatifs, philanthropes, patrons de commerces, planificateurs urbains, administrateurs et financiers. Ces acteurs sont réunis au sein d’une commission instituée par la municipalité en mai 2007. Ils s’accordent tous sur un diagnostic a minima du problème à traiter, résumé par la métaphore du « food desert » (désert alimentaire), désignant les quartiers populaires urbains où l’offre de fruits et légumes est réduite. En intervenant sur l’environnement urbain, par la création de marchés, d’AMAP, de coopératives ou encore de jardins communautaires, en encourageant la vente de produits frais dans ces quartiers et en éduquant la population, il serait possible de circonscrire l’épidémie d’obésité, mais aussi d’accroître la richesse de la ville par le développement commercial, de contribuer à réduire l’empreinte écologique du système alimentaire et de former de meilleurs citoyens par la responsabilisation des individus et la mobilisation des « communautés ». L’opportunité ouverte par la reconstruction de la ville après Katrina offre un argument supplémentaire aux réformateurs de l’alimentation tandis que de nombreux supermarchés ont été démolis ou sont restés fermés dans les quartiers populaires.

    Il s’agit dans cette thèse de combiner deux approches. La première est attentive à la construction de ce problème public, la seconde vise en contrepoint à explorer les pratiques de consommation et d’alimentation populaires. S’il s’agit pour les réformateurs de porter secours à des populations « à risque » après avoir énoncé un besoin collectif, les habitants ciblés se montrent peu pressés de changer leurs habitudes : aujourd’hui comme hier, les fruits et légumes n’ont pas leurs faveurs. Les réformateurs, issus majoritairement des classes moyennes et supérieures blanches, se heurtent à l’indifférence des habitants des quartiers populaires noirs, qui ne leur ont rien demandé. C’est que la réforme tire sa légitimité de sa mise en forme scientifique, par l’établissement de liens de causalité entre des éléments extraits de la « réalité ». Sa finalité est de pouvoir tout à la fois expliquer et remédier à la plus forte prévalence de l’obésité chez les classes populaires urbaines : l’énonciation du diagnostic est indissociable de ses modalités pratiques de résolution. Il en résulte que tout diagnostic qui ne puisse se traduire en thérapeutique est hors propos : les inégalités spatiales dans l’accès aux produits frais se substituent ainsi aux inégalités sociales dans l’étiologie du problème, dans un double mouvement de territorialisation et de sanitarisation d’un problème social. Par la description ethnographique sur la longue durée de la vie quotidienne d’une famille et des interactions sociales au sein d’une épicerie de quartier, on pourra opposer à la rationalité réformatrice les raisons pratiques des habitants. Il s’agira enfin d’interroger les transformations contemporaines de l’action publique en discutant la littérature anglophone sur la gouvernementalité (governmentality studies) : la rationalité de gouvernement néo-libérale viserait notamment à responsabiliser des populations « mises en risque » par le gouvernement à distance de formes sociales autorégulées (individus, familles, entreprises, « communautés »).


 

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