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Ce séminaire commun aux axes Territoires et santé (SANTE) et Information territoriale locale (INFTER) portait sur les données locales et les méthodes pouvant être mobilisées pour étudier l’accessibilité spatiale aux ressources de soins. Dans le même esprit que les précédents séminaires co-organisés par l’axe INFTER (projet Grandes métropoles), la journée a été organisée en deux temps :
– des études de cas le matin pour exposer des problèmes théoriques et méthodologiques
– un atelier informatique l’après-midi proposant de manipuler différents jeux de données.

Questions théoriques et méthodologiques autour de l’accessibilité spatiale aux soins

Florian Bayer (Agence de la biomédecine) & Charlène Le Neindre (IRDES)
L’accessibilité aux soins, un enjeu géographique de santé publique : focus sur la greffe d’organes en France

Hugo Pilkington (Ladyss, université Paris 8) & Hélène Charreire (Lab’Urba, Université Paris Est Créteil)
Enjeux de l’accessibilité spatiale aux maternités (pdf)

Timothée Giraud (RIATE)
OpenStreetMap pour la recherche sur l’accessibilité

Atelier informatique portant sur des calculs d’accessibilité spatiale à partir de données en accès libre

Hugues Pecout (CIST), Timothée Giraud & Ronan Ysebaert (RIATE)
Accessibilité et données OpenStreetMap sur R : exemple pratique sur les maternités de la Nièvre et de la Seine-Saint-Denis

Synopsis des interventions

Présentation du CIST, des axes SANTE et INFTER, ainsi que de la journée.

Charlène Le Neindre revient sur le cadre conceptuel de l’accès aux soins, en détaillant ses deux aspects, accessibilité (potentielle) et accès (réel), puis les dimensions spatiales et a-spatiales associées et leurs interactions. Les principaux indicateurs sont ensuite présentés et leurs limites discutées : la présence d’une offre de soins dans un territoire, sa quantité, sa densité (offre/demande) ou la desserte médicale (demande/offre), la distance spatiale entre l’offre et la demande, ou encore l’accessibilité potentielle localisée – APL (DREES/Irdes), indicateur inspiré des modèles d’interaction spatiale, actuellement utilisé dans le cadre de politiques publiques et dont la méthodologie est en cours de prolongation (Irdes/ORS Ile-de-France). Au-delà de la diversité de ces indicateurs, quelle distance utiliser dans la mise en relation de la demande avec l’offre de soins ? La confrontation des pratiques de Charlène Le Neindre et de Florian Bayer les a amenés à réfléchir à la production d’un distancier, tout en assurant la sécurité des données et la reproductibilité de leur méthodologie. Florian Bayer illustre ensuite l’utilisation de leur outil, avec l’exemple des greffes d’organes en France, où les scores d’attribution sont notamment liés à la gravité de l’état de santé du malade pondérée par la distance entre sites de prélèvement et de greffe. Plusieurs simulations utilisant leur distancier pour l’organisation du transport d’organes ont montré l’intérêt de recourir à l’hélicoptère pour les transferts de 100 à 300 km.

Hugo Pilkington présente ensuite les enjeux de l’accessibilité spatiale aux maternités. Après une description de l’organisation des maternités en France à travers leur typologie et le contexte historique des fermetures, il discute de l’accessibilité spatiale comme volonté politique – dans le discours (« mantra« ) – de fournir un niveau d’offre adéquat en fonction des besoins de la population. À partir de la présentation de ses travaux, il revient sur l’évolution de cette accessibilité (réduction en quantité, mais stabilité des temps d’accès : un moindre niveau de choix pour le patient ?) et son impact sur la santé périnatale en montrant les effets de la distance spatiale et des autres facteurs, notamment socio-économiques (par exemple, paradoxalement, la mortalité est parfois plus importante à proximité d’une maternité en milieu urbain : distance « sociale », grands équipements hospitaliers dans des quartiers défavorisés où le prix du foncier est peu élevé…). Enfin, il discute de la distance-temps, à partir d’une comparaison entre temps mesuré et temps déclaré (en fonction de la densité des zones). Hélène Charreire illustre ces évolutions à partir du cas de la Bourgogne qui sera repris dans l’atelier informatique de l’après-midi.

En amont de l’atelier de l’après-midi, Timothée Giraud présente OpenStreetMap (OSM) et ses conditions d’utilisation : base de données cartographique, libre et contributive, plus ou moins complète selon les zones géographiques (par exemple 3,4 Go de données sur la France versus 3,0 Go sur l’Afrique) permettant de calculer des itinéraires, parmi d’autres utilisations possibles (cartographie, sélection de données, géocodage…). Il détaille plus précisément OSRM, le moteur de recherche des plus courts chemins dans un réseau routier utilisant les données OSM, dont les potentialités sont riches (transparence sur les algorithmes, modification possible des règles, etc.) même si la question de la congestion du trafic n’est pas encore intégrée. Ses propos sont appuyés par de nombreux exemples d’utilisation (distance euclidienne et par la route en tous points de la métropole à une commune donnée, population potentielle en métropole dans un voisinage de différents pas kilométriques et temporels…).

Cette présentation est prolongée l’après-midi par un atelier informatique organisé par Hugues Pecout, Timothée Giraud & Ronan Ysebaert, qui permet de manipuler avec le logiciel R des données en libre accès sur les maternités, la demande potentielle de la population, le réseau routier et le découpage administratif, pour la Nièvre et son voisinage, afin de mettre en valeur les inégalités territoriales d’accessibilité à l’offre et de cartographier les différentiels d’accessibilité avant/après les fermetures d’établissements. Une adaptation de la chaîne de traitement à la Seine-Saint-Denis et ses environs est ensuite proposée et discutée.

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